La CIA considérait l'ordre de bataille comme étant une mesure des capacités ennemies à investir dans la guerre en recourant à toutes les ressources humaines à sa disposition qu'elles soient militaires ou civils. Le MACV de son côté considérait l'ordre de bataille uniquement comme l'identification des éléments armés ennemis capables d'engager les USA dans les combats sur le terrain. En effet Westmorland ne voulait pas encourager ou autoriser ses soldats, ou même leur offrir une excuse, pour tuer des civils en violation du droit de la guerre. De plus Westmorland avait reconnu qu’une autre raison pour laquelle il avait exclu les forces irrégulières de l'ordre de bataille VC venait du fait qu’il pensait que celles-ci n’étaient pas formées de vrais soldats.
Dans ce contexte selon un analyste de la CIA, si sa vision des chiffres avait été utilisée par le MACV, les USA n'auraient pas été surpris par l'offensive du Têt de 1968. Cette analyse de la CIA reposait sur l'interprétation de documents ennemis interceptés suggérant qu'une force d'environ 200 000 hommes de type milice/guérilla aurait dû être ajoutée à l'estimation des forces armées du VC.
Le VC était parti d'une force initiale d'approximativement de 5000 hommes en 1959, ses rangs avaient grossis pour atteindre environ 100 000 hommes fin 1964 et enfin une estimation de 212 000 en juillet 1965.
Dès Septembre 1966 la CIA informa un conseiller militaire de la maison blanche que les chiffres du MACV d'environ 100 à 120 000 VC semblaient très sous-estimés. De même l'année suivante en janvier 67 des informations du terrain semblaient indiquer que les troupes VC avaient atteints 250 à 300 000 hommes à la fin de 1965 alors que le MACV n'avait toujours pas corrigé ses données. En mai 67 les estimations de la CIA faisaient état de largement plus de 500 000 hommes contre seulement 282 000 selon le MACV. L'engagement américain et sud-vietnamien était donc en fait, selon ces chiffres, contre un ennemi deux plus important en taille qu'officiellement estimé. Révéler l'estimation réelle de 500 à 600 000 hommes aurait mis le président Johnson face à un choix difficile de soit quitter la guerre soit devoir renforcer ses effectifs.